avaient
accordé au Portugal et à l’Espagne le privilège
exclusif de répandre la foi chrétienne dans les
terres de «leurs découvertes et conquêtes » (1).
Olivier
de Bouveignes soutient que le défaut de patronage
priva le royaume de Kongo des missionnaires dont il avait besoin.
La religion, on le sait, entra dans une large part dans ce qui était
présenté comme un dynamisme modèle au Royaume
de Kongo. N’oublions pas que lorsque les Portugais atteignent
l'embouchure du fleuve Congo ( Diego Cão en 1482) (2)
, le Royaume du Kongo est déjà puissamment établi.
Il s’agit, disent les historiens, d’un Etat centralisé dirigé par
un souverain résidant dans sa capitale (Mbanza- Kongo
ou San Salvador). Et même si ses frontières sont
jugées « fluctuantes », le noyau du Royaume
(Nzita-Nza) est relativement stable, composé de six provinces
( Soyo, Mpangu, Mpemba, MBata, Mbamba et Nsundi), noms subissant
des variations suivant qu’ils sont écrits par des
portugais, des anglais ou bien qu’ils sont transcrits à partir
de la manière de prononcer de nos ancêtres.
Les
missionnaires catholiques débarquent dans la région
en 1490 . Et l’année suivante, Nzinga
Nkuwu le roi
du Kongo, est baptisé sous les noms de Ndo Nzuawu. Or,
le « tuteur portugais » s’orientera bien vite
vers des intérêts plus prosaïques comme le
commerce des esclaves, de l’or et de l’ivoire. Les
missionnaires en général versent dans le commerce
et la politique (3).
Une
ambassade pour Rome est tout de même envisagée
par les Portugais après l’érection du diocèse
du Congo le 20 mai 1596. Mais la mise en œuvre de la décision
est sujette à des atermoiements de ceux qui ne voulaient
pas d’une souveraineté du royaume. De sorte que
l’idée ne revient sur le tapis qu’après
la mort du premier évêque (portugais) de San-Salvador
(10 mai 1602).
Suivant
les recommandations du nouveau roi du Portugal Alvare II, outre
la prestation d’obédience au pape, l’ambassadeur
de Kongo au Vatican devait négocier la désignation
d’un nouvel Evêque à Mbanza-Kongo et « d’autres
questions importantes » (4). Rendant compte de cette mission
dans un article du quotidien italien La Repubblica célébrant
le 400è anniversaire de l’ambassadeur kongo au Vatican,
l’historien Pietro Veronese précise que figurait également
dans les missions du diplomate du Kongo, la demande d’un
appui du pape pour mettre fin à la traite des Noirs (5).
A
vrai dire, l’envoi d’Antonio
Manuel Nsaku ne Vunda n’est que la deuxième tentative du Royaume
de Kongo de se faire représenter au Vatican. Mais la première
avait été le fait essentiellement d’étrangers.
Dès 1585 en effet, le roi (portugais) Alvare Ier (1568-1587)
avait envoyé à Rome comme son ambassadeur le Juif
portugais Duarte Lopes pour exposer au pape les besoins spirituels
de Kongo. C’est lors de ce séjour à Rome
que l’ambassadeur portugais dictera à Filippo Pigafetta,
voyageur italien, les récits qui composeront plus tard
son fameux livre Le royaume de Congo et les contrées environnantes
(1591).
Mais
le successeur du roi du Portugal Alvare II (1587-1614), pas
tout satisfait de la première mission, décide
d’« africaniser » en 1604 un projet qui répondait
d’ailleurs aux vœux pressants du pape (Clément
VIII - 1592-1605). Celui réclamait l’envoi à Rome
d’un premier ambassadeur africain au Vatican dans l’absolu,
fils de la terre kongo. Ce sera donc « Dom » Antonio
Manuel Nsaku ne Vunda.
L’ambassadeur atteint Lisbonne en 1605 après un
voyage très difficile au cours duquel, nous renseigne
Bontink, il « tomba jusqu’à trois fois dans
les mains de corsaires hollandais qui le dépouillèrent
des cadeaux destinés au pape ». De Lisbonne, il
gagne Madrid. Là, comme d’ailleurs précédemment à Lisbonne,
on fait tout pour le décourager de se rendre à Rome. « Il
semble que la cour de Madrid voyait de mauvais œil les projets
d’Alvare II qu’elle regardait plus ou moins comme
vassal. L’intention du roi congolais de se mettre sous
la protection papale ne dut guère lui plaire »,
ajoute Bontinck. Mais l’enthousiasme de notre diplomate
est boosté par une lettre du pape Paul V (1605-1621),
successeur de Clément VIII qui, le 10 décembre
1606, dit se réjouir de son arrivée à Lisbonne
et exprime le vœu de le recevoir vite en personne à Rome
( Cf. Bontinck, p. 121).
Pourtant
Nsaku ne Vunda devra prendre son mal en patience car c’est près d’un an seulement après
cette invitation, en octobre 1607, qu’il peut quitter Madrid,
ensemble avec le « nonce Mellini qui, créé cardinal
le 10 septembre 1606, s’en allait recevoir le chapeau cardinalice
des mains du Pape » (Bontinck, p. 121).
L’ambassadeur étant tombé malade en route
(est-il empoisonné ?), le pape envoie immédiatement
des médecins à Civitavecchia, port situé à une
soixantaine de kilomètres de Rome. Les propres frères
du pape, François et Jean-Baptiste, ainsi que son neveu
le Cardinal Scipion Borghese, allèrent au-devant de l’ambassadeur
pour lui souhaiter la bienvenue à Rome. Des ordres furent
donnés pour l’accueillir avec tous les honneurs. « Le
pape, ajoute Bontinck, voulut le loger au Vatican, dans les appartements
antérieurement habités par le Cardinal Bellarmin ».
Les préparatifs pour l’audience de la présentation
des lettres de créance du nouvel ambassadeur s’engagèrent
tout de suite.
La
Sainte Congrégation des Rites décida que l’audience
solennelle, au cours de laquelle se ferait la prestation du serment
d’obédience et la présentation des lettres
de créances, aurait lieu dans la “ Sala Regia ”,
comme c’était l’usage – et comme c’est
toujours l’usage aujourd’hui encore au Vatican -
pour les audiences accordées aux rois ou à leurs
représentants. Vainement l’Espagne protestera les
fastes qui se préparaient, alléguant que le Kongo
n’était pas un royaume indépendant mais tributaire
de la Couronne d’Espagne.
L’entrée solennelle – ordinairement un cortège
splendide – devait se faire le jour de l’Epiphanie
(06 janvier 1608). Et pour marquer tout l’éclat
qu’il entendait donner à l’événement,
le pape décida la frappe d’une médaille spéciale
pour honorer l’ambassadeur après la cérémonie.
C’est dans cette atmosphère que Dom Antonio Manuel
Nsaku ne Vunda, ambassadeur plénipotentiaire du Royaume
du Kongo au Vatican, arrive à Rome le 3 janvier 1608,
mais il est toujours malade. Le pape Paul V multiplie les attentions à son
endroit et lui rend visite en personne. Mais le 6 janvier 1608,
jour de la fête catholique de l’épiphanie,
l’ambassadeur Antonio Manuel Nsaku ne Vunda meurt dans
la sérénité, causant un grand émoi
au Vatican. Signe de l’affliction du pape, Paul V demande
qu’on enterre ce digne fils d’Afrique dans la basilique
Sainte-Marie-Majeure dont la cour d’Espagne était
la protectrice.
Aujourd’hui encore on peut visiter dans cette basilique,
située non loin de la Gare centrale Termini de Rome, le
buste de l’ambassadeur kongo réalisé par
l’artiste Francisco Caporale. Et un mausolée dessiné par
le Bernin rappelle la mission et la mort de l’ambassadeur
dans le baptistaire de la basilique Sainte-Marie-Majeure. Et, « à quelques
pas, dans la chapelle Borghese de la même Basilique Sainte-Marie-Majeure,
nous trouvons encore, renseigne Bontinck, un texte qui se rapporte à l’ambassade
d’Antoine Emmanuel, alias Dom Antonio Manuel Nsaku ne Vunda.
Sur le tombeau grandiose de Paul V un bas-relief représente
la réception d’une ambassade persane par le Pape
en 1609, mais dans l’inscription, on fait aussi allusion à une
ambassade congolaise … et japonaise » (p. 126, note
14).
Enfin
un autre souvenir marque l’arrivée de l’ambassadeur
du Congo au Vatican : « Lorsqu’il fit peindre, dans
la Bibliothèque Vaticane, les faits les plus remarquables
de son règne, Paul V ordonna qu’en face des fresques
qui reproduisent la canonisation de sainte Françoise Romaine
et saint Charles Borromée, une autre fresque représentât
sa visite à l’ambassadeur noir moribond. On peut
encore l’admirer dans le large corridor du Musée
du Vatican qui mène à la chapelle Sixtine » (Bontinck,
p. 126).
Selon
Richard Gray, l’ambassadeur était « un
homme dans la trentaine, qui était décrit à Rome
par ceux l’ont vu comme quelqu’un “aux nobles
manières, pieux et dévot, aussi doté d’énergie
et de prudence dans la diplomatie” » (p. 147) (6).
Même si dans la diaspora en Europe le 400ème anniversaire
de la mort de Antonio Manuel Nsaku ne Vunda est passé inaperçu,
des commémorations ont eu lieu à Brazzaville, à Kinshasa
et en Angola.
Par
ailleurs, dans le cadre de la « Décennie Mama
Kimpa Mvita » et pour honorer le 400 ans de la Mission
de Ne Vunda au Vatican, la Coordination Générale
de l’Association Tricontinentale Malaki ma Kongo entend
organiser un pèlerinage au Coeur de l'Afrique pour la
Réconciliation des Africains de l'Est et de l'Ouest de
l'Atlantique. Ce pèlerinage qui débutera à La
Porte de Non Retour de l'Ile de Gorée, se poursuivra à Accra
(Ghana), à Cotonou (Bénin) et dans les deux Congo
avant de se stabiliser à Mbanza Kongo. Il connaîtra
la participation des Kongo venus du Venezuela et le Conseil Municipal
des Musundi de CUBA ainsi que des Associations Malaki ma Kongo
de Guyane, de Guadeloupe, de Haïti et de Saint Domingue.
Le pèlerinage se clôturera avec la tenue pour la
première fois à Mbanza-Kongo (capitale du Royaume
Kongo) d'une Edition du Festival Malaki ma Kongo, la XVII ème.
Pour plus d'informations : http://www.malakimakongo.net/pelerinage.htm
Par
Lusala Nkuka, (Jésuite, Doctorand en Missiologie
- Université Grégorienne de Rome)
et Benda Bika
1
- (Cf. J. E. Martins Terra, « Le patronage portugais » in
Communio, n° 4, 1992).
2
- Les manuels d’histoire parlent faussement de « découverte
du Royaume Kongo », comme si ses habitants n’existaient
pas avant l’arrivée de Occidentaux !
3-
Lire à ce propos l’œuvre inachevée
de l’excellent Raphaël Batsîkama ba Nduala.
4
- (Cf F. Bontinck, « Le monument funèbre d’“Antonius
Nigrita” à Rome, in Revue du Clergé Africain,
1951).
HOME
|